Commentaire - La FCA multiple les efforts pour accroître le pouvoir des agriculteurs sur le marché
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Décembre 2009
Par Laurent Pellerin, président de la FCA
L’une des préoccupations des agriculteurs canadiens est la bataille qu’ils doivent livrer sans cesse contre de vastes influences exercées par de puissants intérêts dans la chaîne de valeur du secteur agroalimentaire. Qu’il s’agisse de tenir tête à quelques très gros producteurs d’engrais, à des grosses multinationales qui achètent des céréales ou à d’importants organismes gouvernementaux qui apportent constamment des changements dans l’environnement d’exploitation de l’agriculteur, les producteurs agricoles primaires subissent une érosion constante de leurs marges bénéficiaires. Souvent, ces marges sont nettement inférieures au coût de la production. La Fédération canadienne de l’agriculture (FCA) se porte à la défense des agriculteurs et insiste pour que le gouvernement fédéral adopte et applique des politiques qui leur permettent de retrouver leur pouvoir sur le marché.
Les coopératives sont une structure organisationnelle qui fournit de bons résultats aux agriculteurs depuis de nombreuses années et que l’on retrouve dans de nombreux systèmes de production différents. Au Canada, il y a plus de 1 300 coopératives agricoles, employant 36 000 personnes, dans des secteurs très variés allant de l’approvisionnement en intrants à la transformation des aliments et à la commercialisation des biocarburants en passant par l’assurance agricole. Ces coopératives génèrent plus de 19 milliards de dollars en revenus et réinvestissent quelque 1,6 milliard de dollars, au nom des producteurs, dans l’industrie et dans les collectivités rurales. Or, l’une des principales difficultés auxquelles on se heurte lorsqu’on cherche à mettre sur pied une coopérative agricole est qu’il est difficile d’obtenir le capital nécessaire pour financer les expansions et mettre au point les produits et les systèmes de production qui permettront d’exploiter les nouveaux marchés et les nouvelles opportunités.
La FCA a collaboré avec l’Association des coopératives du Canada dans le but d’établir un régime d’investissement coopératif, en vertu duquel une importante partie de la contribution faite par un agriculteur à une coopérative serait déductible de l’impôt, créant ainsi un incitatif pour le financement continu de l’institution. Il s’agirait d’un stimulant fiscal visant à assurer l’investissement de capital dans des coopératives, et ce mécanisme s’est avéré extrêmement utile au Québec. En échange d’un coût relativement faible pour le gouvernement, ce programme assurerait l’investissement de centaines de millions de dollars dans des coopératives agricoles partout au Canada.
Une façon dont le gouvernement a conclu des partenariats avec les agriculteurs a été de créer et de soutenir, par voie législative, des offices de commercialisation collective. Ces offices, comme ceux créés pour les produits laitiers et de la volaille, ont très bien résisté aux bouleversements sur les marchés et ont constamment fourni de solides revenus aux agriculteurs. Même si un tel modèle n’est pas idéal pour chaque produit, le système de commercialisation collective prévoyant la gestion de l’offre est un outil vital dans le cas de produits dont les prix risquent autrement d’être extrêmement volatils. Il suffit d’examiner les difficultés éprouvées par l’industrie laitière chez nos voisins du sud pour comprendre l’utilité d’un tel système d’habilitation des agriculteurs au Canada.
L’un des facteurs qui influence le plus l’environnement d’exploitation de l’agriculteur, outre les conditions météorologiques et les marchés des produits de base, est le fardeau réglementaire. Agriculture et Agroalimentaire Canada, Santé Canada, l’Agence canadienne d’inspection des aliments, la Commission canadienne des grains et de nombreux organismes régionaux et provinciaux qui régissent des produits spécifiques ont un effet sur la capacité de l’agriculteur de tirer des profits de son exploitation. En formant une alliance et un puissant partenariat agricole, une organisation comme la FCA peut parler d’une seule voix au nom des agriculteurs et opposer de la résistance aux exigences déraisonnables des gouvernements. Dans la même veine, les agriculteurs accordent un grand pouvoir à leurs organisations agricoles ou groupements de producteurs spécialisés au niveau local et s’attendent à ce qu’ils répondent à leurs besoins et fassent connaître ceux‑ci à l’échelle du pays. La FCA défend la position des agriculteurs canadiens directement en leur nom auprès des ministères responsables. Individuellement, les autorités réglementaires peuvent marcher sur les pieds du petit agriculteur, mais lorsqu’elles font face à un groupe uni, elles sont forcées d’écouter.
Des organisations d’achat en vrac auxquelles peuvent adhérer les agriculteurs, comme Farmers of North America (FNA), ont fait leur apparition et ont pour objet d’essayer de réduire dans une certaine mesure les coûts des intrants pour les agriculteurs. Ce modèle a été appliqué avec succès dans le secteur de la consommation, où l’on trouve un grand nombre d’entrepôts‑clubs dont il faut être membre, et de nombreux agriculteurs ont indiqué qu’ils favorisaient une telle approche pour l’achat de leurs intrants. La popularité du service offert par FNA a été considérable et croît d’année en année, et l’organisation a des membres dans toutes les provinces à l’exception de Terre‑Neuve; cela montre que les agriculteurs cherchent continuellement à réduire leurs coûts d’exploitation et à devenir plus efficaces.
Alors que l’adhésion à FNA a été une bonne solution pour de nombreux agriculteurs, la capacité de cette organisation de combattre la consolidation parmi les gros fabricants d’engrais a été limitée. La récente tentative de fusion d’Agrium et de CF Industries et les discussions entourant la vente possible de Potash Corporation à de gros intérêts étrangers sont un autre exemple de la fusion de multinationales dont l’objectif est d’obtenir des profits additionnels sur le dos des agriculteurs. On peut relever ce défi en faisant appel davantage à des organismes d’achat collectif, tels que des coopératives et des compagnies comme FNA, et également par l’adoption de règlements. Dans cette optique, la FCA continuera d’insister pour que le Bureau de la concurrence Canada enquête au sein de l’industrie des engrais pour déterminer si celle‑ci se comporte comme un cartel et demandera au gouvernement de prendre des mesures pour protéger les intérêts des agriculteurs à l’échelle du Canada.
Finalement, les consommateurs canadiens forment l’un des marchés les plus importants pour l’agriculture dans notre pays. Tandis que des pays étrangers qui sont nos concurrents ont fait d’importants investissements pour promouvoir les aliments produits à l’intérieur de leurs propres frontières et pour les commercialiser auprès de leurs propres consommateurs, le Canada a eu une attitude nettement plus décontractée à cet égard. Même si la FCA et Agriculture et Agroalimentaire Canada ont publié des sondages qui montrent que les consommateurs canadiens préfèrent les produits canadiens, il a été difficile de traduire ce souhait en une augmentation des ventes de ces produits. L’une des raisons en est qu’il n’y a aucune campagne de marketing cohérente soutenue par un système d’étiquetage adéquat pour les aliments qui sont produits et transformés au Canada. Tandis qu’auparavant, les lignes directrices portant sur la mention « Produit du Canada » inclus aux étiquettes ne renfermaient aucune exigence quant à l’origine canadienne des ingrédients, la décision du gouvernement d’exiger que les ingrédients soient canadiens à 98 % est tout simplement impossible à appliquer dans pratiquement toute l’industrie agroalimentaire. La FCA, de concert avec d’autres partenaires, a insisté que ces exigences soient ramenées à 85 %, afin de permettre à de nombreux produits d’origine canadienne et transformés au Canada de porter fièrement la mention. Par ailleurs, si le gouvernement lançait une campagne nationale de marquage et de marketing, la FCA estime qu’il y aurait de nombreuses opportunités nouvelles et stimulantes pour les agriculteurs et les compagnies agroalimentaires au Canada.


