Commentaire sur le commerce d’avril et de mai 2007
Le dernier jour d’avril, l’ambassadeur Falconer a finalement rendu public le document qu’on attendait depuis longtemps, à savoir son mémoire sur les « défis » dans le cadre des négociations commerciales. Même si ce mémoire reprend la majorité des points dont tout le monde discute déjà depuis environ un an ou plus, il a suscité quelques discussions fort intéressantes. La grande question est toujours si les négociateurs réussiront à en arriver à un accord.
Voici deux questions soulevées dans le mémoire sur lesquelles il se pourrait que les participants aux négociations n’arrivent pas à s’entendre.
Premièrement, en ce qui concerne le soutien interne, le mémoire de Falconer explique comment les États Unis devront réduire, à moins de 22 milliards de dollars, le niveau autorisé de leurs dépenses globales qui ont un effet de distorsion sur le commerce. Falconer prédit qu’à la fin du cycle de discussion, la limite sera fixée à entre 13 et 19 milliards de dollars. Or, le problème est que les États Unis ont rarement dépassé cette limite (sauf pendant quelques années). Le résultat en est que les États Unis ne seront pas réellement obligés de changer leurs dépenses ou de fixer des plafonds pour leurs programmes… ce qui était manifeste dans la proposition du Farm Bill de l’administration Bush. Par conséquent, il y a peu de pays dont les négociateurs retourneront à leurs gouvernements respectifs pour affirmer qu’ils ont accepté d’ouvrir leurs marchés aux produits américains et qu’en contrepartie, les États Unis ont accepté de continuer à dépenser plus ou moins comme ils l’ont fait jusqu’à présent.
Deuxièmement, les dispositions sur l’accès aux marchés présentent quelques problèmes dans le cas des produits vulnérables. À cause de l’UE et des États Unis, le nombre des produits pouvant être classifiés comme vulnérables semble baisser à entre un et cinq pour cent du nombre total des produits. Chaque pays dans le monde a de tels produits et le fait de demander à des pays comme le Japon et la Suisse, où dix à quinze pour cent des produits font partie de cette catégorie, de dire à leurs agriculteurs qu’ils feront dorénavant la concurrence sur un marché ouvert n’est simplement pas raisonnable. L’autre problème à cet égard est qu’il n’est question que des baisses tarifaires, tandis que l’expansion de l’accès aux marchés est toujours entourée d’incertitude. Les membres de l’OMC ne sont pas stupides, et si les réductions tarifaires varient, l’expansion de l’accès aux marchés variera également. Le résultat est que les négociations sont encore assez loin d’une discussion sur les produits vulnérables et de nombreux pays ne se trouvent pas dans une position où ils peuvent s’entendre sur la fourchette des produits vulnérables, voire sur les mesures à prévoir à leur égard.
Même si j’ai brossé un tableau simpliste de la situation actuelle à l’OMC, on peut la résumer comme suit : « Qu’est ce que ce cycle apportera à mon pays et à quel prix? » Si un grand nombre de pays estiment que les gains sont limités et que le prix à payer est très élevé, il est probable que cette négociation se poursuivra pendant un certain temps sans qu’on n’en arrive à un accord.
Il s’agit de mon dernier commentaire sur le commerce car je quitterai la Fédération canadienne de l’agriculture à la fin de mai pour poursuivre ma carrière dans l’industrie de la volaille en Saskatchewan. Je souhaite bonne chance à vous tous et une excellente période de plantation ce printemps.
Clinton Monchuk
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